Il neige sur l'axe majeur de Jean Gennaro

Publié le par Martine

  Merci à   Jean GENNARO    de l'association d'auteurs les mots migrateurs de m'avoir envoyé "son superbe poème : il neige sur l'axe majeur" extrait de son recueil de poésies "les tangonautes" - Editions du banc D'Arguin

 

 

 

 

cergy dans la brume 2 (Copier)

 

Matin d’ouate à Saint-Christophe

Sur la perspective bouchée par le brouillard
Cergy n’est plus qu’une vague idée

Un silence blanc plane sur l’esplanade
Que faisons-nous ici
toi l’invisible et moi l’effacé ?
C’est à peine si l’on se voit
entre ces colonnes aux fûts tronqués
La brume nous défigure

Paysage d’amnésie dans un matin coton
Je suis à l’heure au rendez-vous
je suis fou d’encore l’aimer

Cet escalier sans fin
s’enfonce dans un ciel à l’envers
On s’élève à mesure que l’on descend
J’ai dévalé mille marches
sans toucher le fond du paysage
L’olivier gelé des Droits de l’Homme
a l’air d’une barbe à papa
qui s’effiloche dans sa cage

En amoureux transit
j’avance sur le pont-sabre vermillon
qui sort de son fourreau de brume
Ses neuf portiques ouverts
lui confèrent un statut de sculpture
Je les découvre l’un après l’autre, couronnés
par le globe pâle du soleil

« Il brume sur l’Axe Majeur… »
Je n’ai pas su retenir notre bonheur


L’écho de nos baisers me poursuit
Elle me manque et elle m’emplit
Je marque avec des mots d’urgence
le territoire de son absence

Est-ce toi, mon ombre albinos
qui m’as soufflé cette éventualité
d’un saut de l’ange dans le néant ?
Je me penche au-dessus des nuages
sans éprouver aucun vertige
Seules les cimes des arbres nus
percent la brume anthropophage

Moi et mon ombre albinos
voyons venir un homme en marche
sur le parapet rouge
un funambule-guerrier du brouillard
un homme polaroïd
sorti de l’écran qui nous masque Cergy

On se croirait dans un film d’espionnage
Nos regards se croisent une seconde
Lequel de nous deux passe en zone libre ?
Echange de prisonniers sur la passerelle rouge
Je ne me sens plus à cran
Là-bas un convoi m’attend
Mais je m’égare… sortir de l’écran…

Enseveli sous un tas de mensonges
sur cet immense lit sang d’acier
aux baldaquins coupés
j’habite mon inutile attente
en fredonnant l’Infini

« Il brume sur l’Axe Majeur… »
Je n’ai pas pu oublier notre bonheur
comme je n’ai pas su le retenir

En amoureux transit
au ralenti
j’avance sur ce pont
chenille-bandonéon
suspendu comme le temps
comme si terrien n’étais…

Lentement le paysage se débrume…
Le nez me pique – ça sent la neige
Une étoile fileuse brille dans le ciel cotonneux
Le monde cherche ses couleurs à tâtons
violoncelle-papillon

Je sens son souffle sensuel sur mes paupières
La nuée a épousé son teint de lys
Aujourd’hui est comme hier,
tissé avec le même fil d’amour
sur la trame rêche du silice

Masse d’ombres aux arêtes vives :
l’outreville apparaît au-dessus des bois
le silence s’effiloche en fumerolles sur le fleuve
J’entends en bas bruisser
le filet d’eau d’une antique fontaine

La passerelle vibre comme un diapason
sous mes pas qui reviennent à elle infiniment
Son tablier rouge vif allume une lueur fauve
dans les yeux des deux Toros de fer
qui veillent plus loin au bord de la rivière
sur le sommeil éternel du Cid
C’est ainsi que sous ses masques picassiens
soudés aux grilles du château de La Bête
le Mythe regarde passer les bateauX

J’aimerais qu’il neige sur l’axe Majeur
Le Théâtre d’en haut gonfle ses joues de souffleur
de rêves, au bout de sa sarbacane rouge
enfle une boule de lumière

A l’avant-scène de l’amphithéâtre
penché au-dessus du bassin
Narcisse dialogue avec son image
Reprendra-t-il son âme à son reflet ?
- à force de paraître, l’être disparaît

Le pont vibre à nouveau de la rumeur citadine
Le cœur tribal du ghetto
bat dans ce grand corps écarlate
Est-ce en bas qu’elle m’attend ?
Mes pieds se souviennent du tango qu’on dansait
Je n’ai jamais cru qu’elle viendrait
Sa pensée me frôle
Elle a un rire soyeux

Cette fois
il neige sur l’Axe Majeur
Ca me rappelle cette chanson qui pleurait le bonheur
et pourtant
les flocons fondent sur mes paupières ardentes
J’entends à nouveau sa voix envoûtante


L’air est doux comme un édredon
Je ne me sens plus seul sur ce pont désert
Du vieil homme déchiré je m’éloigne
peau à peau

La perspective est belle comme un rêve d’architecte
où l’Ordre règne au-dessus du Chaos.

 

Poème de  Jean GENNARO extrait de son recueil de poésies

"les tangonautes" - Editions du banc D'Arguin

Publié dans Livres - Films

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

brigitte 12/12/2011 18:02


un endroit à spleen que je partage avec toi Jean, o temps suspend ton vol, nous voici comme deux goelands lents et nos pattes entravées ne viennent pas alourdir pourtant l'avancée de nos rêveries
solitaires, 


je te sais fier poète et galant danseur... le temps du printemps reviendra et nos mots alors  fileront plus vite que nos pas... ou le contraire... je ne sais plus..et on verra bien


un endroit que j'aime et où le regard de se perds, loin loin devant...


au plaisir de te revoir cher Jean


Brigitte Lécuyer


 

Quichottine 09/12/2011 10:21


C'est un très beau poème... Merci pour le partage.


Ta photo est magnifique et lui va parfaitement. Bravo à vous deux.

:0014: ♥ dom ♥ 07/12/2011 04:58


Passage rapide, suite au décès d'un ami.
Bon mercredi.
Bisoux

antilles 07/12/2011 00:33


merci pour le partage, passe un bon mercredi, kiss.

tiot 06/12/2011 22:54


salut


un spectacle le 31 décembre ce doit être super


bonne soirée

Gérard 06/12/2011 22:27


C'est la ouate que je préfère ...sur la photo

francoise 06/12/2011 22:21


magnifique ton poème, il pourrait s'adapter à certains de mes articles bonne soirée Françoise

Solange 06/12/2011 19:44


Un texte que je ne connaissais pas merci, c'est très beau et la photo aussi.

:0091: :0010: :0085: 06/12/2011 19:00


quelle inspiration..... très bonne soirée Martine.......j'ai énormément de retard....

jean-philippe 06/12/2011 18:28


Bonsoir Martine ! Un poème lyrique , enflammé et assez nostalgique par instants . La ville de Cergy et ses multiples activités culturelles (que serait t-on sans la culture?) est une ville
riche et qui mérite d'etre connue !! Belle soirée à toi !

marithé 06/12/2011 18:07


jolie ouate  ..lol  vivement la neige car ici  encore la pluie ..aujourd'hui des giboulées de mars ??  roo bisouss ma martine.

•-~•*'Ś Ő Ń Ŷ Á'*•~-• 06/12/2011 18:02


merci pour ce partage


un texte que je découvre


 


ti bo


•-~·*'Ś Ő Ń Ŷ Á'*·~-• 

Linda & Picasso ::0079:: 06/12/2011 16:50


très beau texte ...


petit passage avec ma connexion préhistorique ...demain ça devrait aller mieux :)



sav 06/12/2011 15:33


une photo qui va bien sur les mots :)

Plume 06/12/2011 15:23


Belle photo, un poème émouvant,qui donne vie et sens à ce paysage à la fois noyé dans la brume matinale et éclairé par le lever du soleil .


J'aime beaucoup !


Bonne journée, Plume .

Patrick 06/12/2011 15:17


Superbe photo pour illustrer ce poème.


Amitiés Martine.

vespcondove 06/12/2011 14:48


tres beau poeme.


 

Viviane 06/12/2011 14:01


Magnifique texte et magnifique photo !
Passe un bon après-midi, ici, temps gris et tristounet.
Bisou
Viviane

@lain 06/12/2011 13:51


Bonjour Martine


La gravure est belle et le poème superbe, j'aime beaucoup. Merci à cet écrivain que je ne connais pas hélas.


J'espère que tu vas bien.


Je te souhaite une bonne journée


Bisous


@lain

Jean 06/12/2011 10:53


Savoir écrire est un art...


Et ça j'en suis complètement dépourvue !!!!


Sincèrement


Jean

Jean-Baptiste 06/12/2011 10:50


Un très beau poème, vraiment, cela m'a fait passer pleins d'emotions et m'a renvoyé, le temps d'un instant, dans le cheminement de cette descente sur l'axe majeur.


 


Merci de cette decouverte poétique.

Joseph Guégan 06/12/2011 10:16


Merci de nous le faire découvrir.
Bonne journée

arielle 06/12/2011 10:07


Merci Martine de mettre Jean a l'honneur. C'est un très grand poète, novelliste et j'en passe ! Je lui avais déjà fait une petite pub sur mon blog lors de la sortie de notre recueil collectif "De
temps en temps". C'est là : http://www.grisy.net/article-19190423.html


Bonne journée


arielle

patriarch 06/12/2011 10:03


Très beau poème.


 


Et justement il a neigé en montagne, nous le voyons de chez nous... sur Belledonne, plus que sur le Vercors...  Bises

Francine Peyrelongue 06/12/2011 09:48


Bonjour Martine


La photo est magnifique. Le poème est un peu long à lire mais c'est joli


Merci pour ce partage


Bonne journée

Lamée 06/12/2011 09:45


Bonjour Martine


Très beau poème,beaucoup de talent et une belle photo,comme quoi pas besoin d'aller très loin de chez soi pour admirer la nature,même en banlieue.Bisous.aimée(merci pour tes passages chez
Almedia,malheureusement sur ce blog,on ne peut répondre aux commentaires)

sittelle 06/12/2011 09:17


Très beau poème sur un bel endroit;mes amitiés, bonne journée Martine

michel003 06/12/2011 07:54


bonjour martine  merci pour tes gentils passages .. trés jolie photos et texte ..le
temps toujours au beau mais beaucoup de vent .... je te souhaite un trés bon et beau mardi un grand merci encore bises amicales michel003

mel-and-tof 06/12/2011 07:40


Bonjour ma très chère
Martine


Magnifique lever de soleil
et superbe poême que je ne connais pas ,merci ma douce de me le faire découvrir


Je te souhaite une bonne
journée avec des bisous


Méline

:0014: ♥ dom ♥ 06/12/2011 07:30


Très beau !


Bon mardi.
Bisoux